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SENSATIONS DE VENISE
Ville d'amour Le Lido Deux par deux, habillées de blanc et de rose comme pour les rogations, coiffées de mantilles avec déj un peu de féminité, les petites filles d’un pensionnat s’en allaient la mer par un de ces étroits chemins herbeux qui traversent le Lido. Elles sautelaient le long des haies comme des insectes qui vagabondent pour la première fois, avaient, on l’eut dit, des parcelles de soleil sous leurs longs cils veloutés et les jardins qu’elles longeaient pas pas semblaient avoir pris la tenue du couvent, fleuris de ros par les pêchers, poudrés de blanc par les pruneliers, diffusaient dans l’air léger une fraîche odeur de jeunesse. Au loin, dans les couvents de la lagune et dans les églises innombrables de la ville, les cloches toute volée sonnaient la fin des vêpres, se mêlaient, se répondaient, faisaient penser avec leurs notes perlées, cristallines, confuses, un concert d’épousailles où les musiciens ont dans la tête une bouteille de trop. Dans les arbres, les oiseaux gazouillaient, sifflaient, tireliraient, dans le chemin, les petites riraient, chantaient des lambeaux de rondes, criaient avec des voix fines et aiguës. Et l’on aurait cru que les cloches, les oiseaux, les enfants répétaient ensemble la même vieille chanson de Pâques. |